Serge Paugam
 

Thèses dirigées par Serge Paugam




Natalia Briceno

Tensions, négociations et porosités entre sphères privées et professionnelle : monographie chez les ouvriers et ouvrières de l’industrie du saumon au Chili

(Thèse en co-direction avec Kathya Araujo (IDEA, Universidad de Santiago de Chile))

Composition du jury :



Résumé :

Les formes de l’articulation entre famille et travail sont une expression privilégiée de l’ordre social d’une société. Elles sont intéressantes à étudier dans la société chilienne contemporaine où la vie sociale se construit et se reproduit majoritairement dans les sphères familiale et professionnelle (faute des liens amicaux, et d’une vie associative et citoyenne). Cependant, leur relation s’exprime aujourd’hui sous l’expérience d’un « déséquilibre structurel », une tension propre des processus de transformations socio-économiques et culturelles impulsés par la mise en place du modèle néolibéral au Chili. Cette thèse cherche à interroger et comprendre cette tension à partir de l’analyse des expériences vécues des individus, de leur rapport à la famille et au travail et aux formes que cette relation prend au quotidien.

Pour ce faire une enquête de terrain a été menée à l’île de Chiloé en Patagonie chilienne, auprès des ouvriers et ouvrières de l’industrie de transformation du saumon. Il s’agit d’une étude monographique et circonstanciée autour de cette industrie qui, dès son implantation a provoqué une révolution locale par le développement d’un salariat de masse dans une région qui fonctionnait jusqu’aux années 1990 sur le mode d’une économie de subsistance. Les variations des cycles économiques de cette industrie (crises sanitaires et économiques, redressement de l’économie et augmentation des exportations) et ses effets (salarisation, chômage, précarisation de l’emploi) présentent une description unique des processus de modernisation économique et remplissent des conditions locales exceptionnelles pour étudier les arrangements famille-emploi dans le contexte d’une forte pénibilité du travail.

Les résultats préliminaires de la recherche montrent que la tension entre famille et travail est déterminée par le genre, le statut de l’individu dans sa famille et ses fonctions de care. Son expérience est pénible car le déséquilibre des temps sociaux se fait en détriment de la famille, celle-ci étant la source prédominante de bien-être et de protections matérielles et émotionnelles. Pour faire face à ce malaise, les individus élaborent des stratégies et des formes de négociations qui leur permettent de concilier « à leur propre échelle » ces espaces-temps et ainsi assurer la reproduction de la famille et de la vie familiale. Cependant, ces arrangements dévoilent que les frontières du travail et de la famille ne sont pas fixes mais poreuses. C’est ainsi que nous constatons que les dynamiques propres à la famille se reproduisent à l’usine : d’un côté les entreprises exerçant une régulation familialiste du travail et de l’autre côté, les ouvriers et ouvrières identifiant l’usine à un foyer où ils investissent plus de temps dans l’espace et dans leur relations interpersonnelles. Mais l’amalgame entre ces deux mondes connait aussi des formes de résistances de la part des individus, notamment quand c’est le travail qui s’invite à la maison.



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