Serge Paugam
 

Thèses dirigées par Serge Paugam




Lauriane Dos Santos

Intégrer, réguler, normaliser. L’accès à la justice des pauvres en contexte multiculturel et communautaire – une comparaison insulaire entre le Brésil et le Pérou.




Résumé :
Depuis 1996, tous les deux mois, un « bateau-tribunal » remonte l’Amazone. Partant de la capitale locale (la ville de Macapa), située à l’extrême Nord du Brésil, non loin de la Guyane française, il rejoint après douze heures de navigation, un archipel méconnu où vit de manière relativement isolée une population réputée « pauvre », « communautaire » et « rurale », aux coutumes et aux modes de vie « archaïques ». Ce sont des ribeirinhos : pour la plupart, des métisses blancs-indigènes. À bord du bateau, juges, personnel de la préfecture et bureaucrates en tout genre viennent leur « apporter la justice », intervenant dans la résolution des conflits les plus quotidiens – de couple, de famille, de voisinage ou de travail – et distribuant la documentation civile de base – certificats de naissance, cartes d’électeur, etc. – leur ouvrant ainsi la porte à tous les autres services publics et aides sociales.
À quelques milliers de kilomètres de là, dans les Andes péruviennes, un juge de paix s’est installé, depuis 2009 et sur ordre du tribunal de l’Etat local (Puno), dans l’ « archipel des Uros », sur le Lac Titicaca. Il a pour mission d’intervenir au quotidien dans la « pacification sociale » des populations indigènes qui y vivent, construisant avec eux une « justice interculturelle », compromis à mi-chemin entre la justice officielle étatique et la justice coutumière et traditionnelle locale, faisant notamment le relais entre les différentes institutions étatiques et les populations locales.  
Dans les Andes péruviennes comme en Amazonie brésilienne, pourquoi et comment se déroule l’intégration des populations étudiées au système institutionnel du pouvoir judiciaire, à ses lois et, plus largement, à l’Etat ? Que change l’arrivée de services administratifs et légaux venus de l’extérieur pour réguler leur quotidien ? Comment sont construits les consensus normatifs entre normes locales coutumières et normes officielles de l’Etat ? Permettent-ils une transformation sociale d’individus familiaux et communautaires en citoyens ?
La démarche à la fois comparatiste et ethnographique de cette recherche permettra de saisir les quotidiennetés locales tout en dépassant l’enclavement et l’apparent exotisme de chacune des expériences, lesquelles s’inscrivent, en réalité, dans un contexte global où l’expansion de l’État de droit est une stratégie promue par les organisations multilatérales (ONU et Banque Mondiale) dans la lutte contre la pauvreté et pour la bonne gouvernance démocratique.


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