Serge Paugam
 

Séminaires de direction d'études (EHESS)


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Sociologie des inégalités et des ruptures sociales

Serge Paugam, directeur d'études

Compte-rendu 2009-2010 :

Théorie des liens sociaux


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Dans le prolongement du séminaire de l’année dernière, nous avons tenté d’atteindre deux objectifs : 1) mettre à l’épreuve la théorie des liens sociaux en la confrontant aux résultats recherches sociologiques réalisées sur les inégalités et les ruptures sociales dans les métropoles (1er semestre) ; 2) poursuivre la lecture de textes théoriques sur les liens sociaux (2nd semestre).

La relecture de textes classiques et d’enquêtes exemplaires de la sociologie urbaine (Simmel, Métropoles et mentalité, Elias et Scotson, The Established and the Outsiders, Young et Wilmott, Family and Kinship in East London, Gans, The Urban Villagers, Wirth, Le ghetto, Pétonnet, On est tous dans le brouillard, etc.) ainsi que les exposés de Didier Lapeyronnie et de Denis Merklen sur leurs derniers livres respectifs Ghetto urbain et Quartiers populaires, quartiers politiques nous ont conduit à élaborer une typologie des ruptures sociales dans les métropoles.

Trois types de rupture ont été distingués. Le premier renvoie à la ségrégation spatiale. Il ne permet pas de conclure sur l’existence de liens de solidarité entre les habitants de la zone ségréguée ni de postuler que l’homogénéité apparente qui la caractérise s’accompagne d’une similitude sociale vécue. Elle renseigne uniquement sur l’écart qui sépare cette zone du reste de la ville. Le deuxième type de ruptures correspond aux divisions et luttes internes. Lorsqu’un quartier de banlieue est doté d’une identité négative, les habitants qui y résident peuvent très vite se désolidariser. La constitution de l’ordre hiérarchique interne est, dans ce cas, fondée sur la reconnaissance et le renforcement des moindres signes de distinction sociale. Cette rupture est l’expression de la violence symbolique. S’il faut y voir un signe du mal être des cités, elle n’implique pas obligatoirement la dissolution des liens sociaux. La désolidarisation interne renforce les antagonismes sociaux et conduit les habitants à se définir par une appartenance à un groupe opposé à un autre ou à plusieurs autres. La deuxième rupture peut renforcer l’adhésion des habitants à des normes et des valeurs tant qu’elles permettent d’assurer la distinction et l’identité du groupe auquel ils appartiennent ou prétendent appartenir. Le troisième type de ruptures concerne la dissolution des liens sociaux. Elle constitue un état encore plus avancé dans la décomposition des rapports sociaux. Certains quartiers sont caractérisés par un repli des habitants sur eux-mêmes, par l’absence de contacts entre eux à tel point que chacun peut avoir le sentiment d’être comme un étranger au sein de son espace de résidence. La disqualification sociale conduit alors à l’isolement relationnel. Celui-ci peut être vécu comme une impossibilité de recourir à l’appui de ses proches ou de ses ex-proches en cas de difficulté. Dans certains cas, la rupture est vécue comme un déni de reconnaissance prenant la forme d’une trahison ou d’un rejet. La rupture des liens sociaux peut être cumulative. La dissolution des liens sociaux dans un quartier est d’autant plus forte que les habitants ont, individuellement et collectivement, perdu la capacité de résistance au stigmate qui accable leur lieu de résidence. Ils ne retrouvent ni dans ce dernier, ni en eux-mêmes, les ressources pour maintenir les liens élémentaires de la vie sociale. Cette typologie a ensuite fait l’objet d’une vérification empirique à partir de l’enquête SIRS (Santé, Inégalités et Ruptures Sociales) réalisée dans 50 quartiers de Paris et de la région parisienne.         

Dans la deuxième partie du séminaire, les travaux de Beck sur l’individualisation et ceux de Michèle Lamont sur les mécanismes de classification et d’identification fondés sur la notion la frontière ont contribué à enrichir notre réflexion sur les liens sociaux contemporains. Le séminaire a été également l’occasion à des doctorants d’exposer leurs travaux, notamment Ingrid Bejarano sur les stratégies d’ascension sociale en Argentine, Aurélie Picot sur « l’individualisme étatiste » à l’œuvre dans les politiques de lutte contre la pauvreté en Norvège et de Joannie Cayouette sur les ambitions sociales et les épreuves scolaires chez les jeunes des milieux populaires.

 




Publications :


Autres

Ouvrages :

- L’enquête sociologique (sous la dir. de), Paris, PUF, coll. « Quadrige-manuels », 2010.

- Les 100 mots de la sociologie (sous la dir. de), Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 2010.

- Pauvreté, précarité : quels modes de régulation ? Lien social et politiques, (direction du numéro en collaboration  avec Jane Jenson et Claude Martin), 61, printemps 2009.

Articles et contributions :  

 - “La nouvelle figure du travailleur précaire assisté” (avec Claude Martin), Lien social et politiques, 61, Printemps 2009, p. 13-19.

- « Editorial », Sociologie, Vol.1, n°1, 2010, p. 1-2

- « L’enquête sociologique en vingt leçons » in L’enquête sociologique (sous la dir. de S. Paugam), Paris, PUF, coll. « Quadrige-manuels », 2010, p. 1-4.

- « S’affranchir des prénotions » in L’enquête sociologique (sous la dir. de S. Paugam), Paris, PUF, coll. « Quadrige-manuels », 2010, p. 7-26.

- « Choix et limites du mode d’objectivation » in L’enquête sociologique (sous la dir. de S. Paugam), Paris, PUF, coll. « Quadrige-manuels », 2010, p. 53-67.

- « Le raisonnement comparatiste » (avec Cécile Van de Velde) in L’enquête sociologique (sous la dir. de S. Paugam), Paris, PUF, coll. « Quadrige-manuels », 2010, p. 357-375.

- « Le sociologue et le politique » in L’enquête sociologique (sous la dir. de S. Paugam), Paris, PUF, coll. « Quadrige-manuels », 2010, p. 421-440.

- « La réflexivité du sociologue » in L’enquête sociologique (sous la dir. de S. Paugam), Paris, PUF, coll. « Quadrige-manuels », 2010, p. 441-445.




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